Fascia, vous avez dit fascia ?

Très galvaudé ces dernières années, le terme fascia, « bandelette » en latin, désigne de manière courante les tissus membraneux que l’on perçoit sous la peau au toucher. Cependant, la réalité anatomique des fasciae, bien que reconnue par les anatomistes depuis des millénaires n’avait pas fait l’objet de description systématique jusqu’à la parution en 2014 du « Functional atlas of the human fascial system » de la Pr Carla Stecco.

Depuis 2007, la fascia research society regroupe les chercheurs du monde entier autour de cette thématique du fascia et devant la multiplicité des concepts, elle propose lors du fascia research congress en 2015 d’adopter les définitions suivantes :

  • Un fascia est une gaine, une feuille ou tout autre agrégat dissécable de tissu conjonctif qui se forme sous la peau pour attacher, enfermer et séparer les muscles et autres organes internes. Voir « Un fascia et le système fascial« .
  • Le système fascial est constitué d’un continuum tridimensionnel de tissus conjonctifs mous, contenant du collagène, lâches et denses, qui imprègnent le corps. Il comprend des éléments tels que le tissu adipeux, les adventices et les gaines neurovasculaires, les aponévroses, les fasciae profonds et superficiels, l’épineurium, les capsules articulaires, les ligaments, les membranes, les méninges, les expansions myofasciales, les périostes, les rétinacula, les septa, les tendons, les fasciae viscéraux et tous les tissus conjonctifs intramusculaires et intermusculaires, y compris l’endo-/peri-/épimysium. Le système fascial entoure, se tisse entre et interpénètre tous les organes, muscles, os et fibres nerveuses, dotant le corps d’une structure fonctionnelle et fournissant un environnement qui permet à tous les systèmes corporels de fonctionner de manière intégrée. Voir « Mise à jour de la nomenclature des fascias« .

C’est d’ailleurs pour rester en accord avec ce consensus anatomique mondial que, dans ce blog, le pluriel sera « fasciae » que l’on trouve dans les publications internationales fondées sur la nomenclature latine et non la version francisée « fascias ». Seul le titre de ce site restera « fascias en thérapie » afin d’optimiser l’indexation de ce site par les moteurs de recherche et ainsi sa visibilité par les non anatomistes.

En Thérapie(s)

Etant donné sa nature à la fois omniprésente et surtout continue, le système fascial tisse un réseau mécano-sensoriel complexe à la surface du corps mais établit également un maillage structurel au sein de chaque organe, le connectant ainsi parfaitement à l’appareil locomoteur. Mieux, en tant que support membraneux de la Matrice Extra-Cellulaire (MEC), il interagit intimement avec l’interstitium assumant ainsi des fonctions biologiques essentielles à la vie cellulaire. C’est pourquoi les approches thérapeutiques fasciales sont plurielles et s’adressent particulièrement aux thérapies corporelles, manuelles ou gymniques, mais concernent également les pratiques psychiques. En effet, l’incontournable sensibilité proprioceptive fasciale alliée à la connexion sensorielle de la peau qui lui est conjointe permettrait d’éclairer bien des manifestations psycho-somatiques. De plus, cette dualité membrano-liquidienne déplace le cadre biologique centré sur la cellule pour le focaliser sur l’interaction cellules/interstitium comme le suggérait déjà le Pr Theise * dès 2005. Ce nouveau paradigme ouvre des perspectives nouvelles à l’ensemble des pratiques thérapeutiques où l’approche uniquement biochimique se mue en mécanobiologie et la compréhension des relations entre les différents niveaux d’organisation du vivant, de l’échelle moléculaire à la biosphère, se doivent d’être intégrer dans la prise en charge de nos patients. Alors le système fascial en tant que médium mettant en relation ces différents niveaux d’observation devient incontournable à toutes les formes thérapeutiques et à l’ensemble de la compréhension des phénomènes du vivant en médecine.

  • Theise, N.D. (2005). Now you see it, now you don’t. Nature, 435, 1165-1165.